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DÉFILÉ POST APOCALYPSE CHIC
Il paraît que le vestiaire d’aujourd’hui, ressemble à ça : des mannequins qui semblent sorties tout droit d’une bouche d’égout, vêtements en lambeaux, ourlets effilochés comme si elles avaient survécu à une explosion dans une usine textile de Mumbai. On appelle ça de la « mode déconstruite », du « grunge de luxe », de « l’esthétique post-apocalyptique revisitée par un directeur artistique « Kean, pour ne pas le nommé, qui n’est jamais certainement descendu dans le métro à l’heure de pointe ». Il est un adepte de la société de Wladimir Putin pour simuler ses vêtements après un essaim de drones Ukrainien. Lire la suite »
L’ÉCHO DES LOUPS ET LE SACRIFICE DES INVISIBLES
Il y a une chose que j’ai apprise, dans ce siècle qui n’en finit pas de se dévorer lui-même : les loups les plus dangereux ne portent jamais de fourrure. Ils portent des costumes gris, ils ont des bureaux tapissés de marbre froid et d’or 24 carats. Ils redessinent les frontières du monde avec la nonchalance de gens qui jouent au bridge entre deux rendez-vous.
Je les ai connus, ces maîtres de l’illusion. Ils parlent de paix comme d’autres parlent du temps qu’il fait avec cette légèreté qui ne coûte rien tout en signant de la même main des contrats qui feront pleuvoir le fer sur des villes qu’ils ne visiteront jamais. Ils agitent des drapeaux avec une ferveur touchante. Mais, je n’ai jamais vu un de ces hommes-là verser une seule goutte de son propre sang pour son pays. C’est une race à part, celle qui a inventé le patriotisme par procuration.
Car voici le tour de passe-passe, et il est vieux comme la bêtise humaine : quand le canon se met à sonner, ce ne sont jamais leurs fils qui montent dans les trains. Les fils des puissants ont déjà pris le large vers une île, un chalet, un endroit sans nom sur une carte que les drones ignorent. Pour eux, la guerre est une partie d’échecs qu’on regarde depuis la terrasse, un verre à la main, en déplaçant des pions qui ont, eux, un cœur qui bat et une mère qui pleure. Lire la suite »
J’ACCUSE LA VACUITÉ ÉRIGÉE EN COLLECTION
Pour le printemps, Yuhan Wang, nous propose une chambre; « à coucher dehors », comme on jette sur le trottoir les meubles d’un appartement qu’on vide à la hâte ! Sorte de champ de bataille improvisé pour bimbos en goguette, décor sans « des seins », intention sans architecture pour une pensée rare de la poétique du laid. La créatrice, qui croit savoir faire de la couture, associe une fragilité feinte à un romantisme de pacotille, un romantisme sans auteur, sans phrase, sans soleil. Mais, grands dieux, qu’on me trouve donc un seul roman, un seul vers, qui ait inspiré cette débauche de mièvrerie ! Il n’y a que l’idée d’une couture fantôme sur papier peint de bordel de campagne.
J’accuse cette chambre à coucher, qui aurait dû être le plus intime des théâtres et qui n’est plus qu’une scène sans metteur en scène, un décor où personne ne sait plus jouer sa propre pièce. Sa démarche ? Il faudrait le demander au Marrant, cette anthropologue de la mode qui, seule, a gardé l’œil assez neuf pour observer l’espèce humaine sans en avoir honte. C’est qu’il y a là un crime dont on ne parle jamais, un crime sans bruit ni sang, le seul vraiment parfait : celui qu’on commet en détournant les yeux. On regarde sans voir, on hausse les épaules avec cette élégance particulière des gens qui ne veulent rien savoir, et on passe. On passe surtout par la rue Saint-Denis, parce que c’est encore le chemin le plus court pour ne rien changer à rien.
Métaphore éculée, de ce miroir de poche transformé en sac, en breloque, en gadget vendable. J’accuse les motifs de cerises et j’accuse, par-dessus tout, cette collection si morne qu’elle ne mérite même pas le nom de collection, sorte d’assemblage ou d’addition l’un inventaire d’un vêtement qui n’est qu’un tissu de plus sur un cintre qui finira sur la voirie. Bienvenue à la Fashion Week de Londres : on y expose, cette saison, le vide habillé en idée.
FM
OSERAIES UNE GARDEN-PARTY FEUTRÉE
« J’Oseraies » le dire, dans les jardins privés de Didier Grumler où la mode, chaque année, réfléchit à son avenir entre personnes qui en connaissaient déjà le passé, et dans un fauteuil roulant où le temps a visiblement déjà élu domicile.
On y parle de « mutations contemporaines », d’écosystème et de « dialogue transversal » : trois expressions suffisamment vagues pour donner à un cocktail mondain les apparences d’une révolution intellectuelle émulé par des Marrants florentins, sorte de philosophie à la « Pascal ». Le jargon a ceci de merveilleux qu’il peut transformer un entre-soi en « think tank ». En période où la guerre se fait plus présente, le président a trouvé cela de bon aloi ; Une « garden party » en vision stratégique, sorte de « gabegie la magnifique », une de plus de la mode française sous perfusion de l’état du pays de Charlemagne.
On célèbre ici surtout la « transmission entre générations ». Mais, depuis 1987, les mêmes noms, les mêmes écoles et les mêmes réseaux se transmettent en effet le pouvoir avec une admirable régularité. Il faut rendre justice aux dynasties : elles ont compris depuis longtemps que la meilleure façon de moderniser un privilège est de lui donner un vocabulaire archaïsant mais moderne.
Plusieurs invités de « Talon », pardon, de Salon, et quelques personnes dans un jardin qui ne constituent pas une société ouverte, mais simplement un jardin bien clôturé, et jamais talent pareil ne fut mis au service de la platitude. Lire la suite »
LA NOSTALGIE EN FLACON
Pourquoi nos parfums des années 70 n’ont plus le même prix, ni la même fragrance ?. « Comparaison n’est pas raison », dit le proverbe, et en matière de parfum, il a bien raison, le bougre. Convertir les francs de 1975 en euros pour comparer un flacon d’hier à celui d’aujourd’hui, c’est un peu comme comparer une 2 CV à une Porsche sous prétexte qu’elles ont toutes les deux un volant : le calcul tient sur le papier, pas dans la vraie vie. En cinquante ans, ce n’est pas juste l’étiquette qui a changé, c’est toute une civilisation olfactive qui s’est évaporée.
Autrefois, le parfum « remplissait la pièce », et parfois l’immeuble entier, et pour comprendre sa tenue et son prix en 1975, il faut d’abord comprendre ce qu’il y avait dedans et c’était du lourd : Muscs animals, vraie mousse de chêne, matières premières à faire pâlir un droguiste moderne. La parfumerie de l’époque ne faisait pas semblant. On se parfumait une fois le matin, et le sillage vous suivait toute la journée, un peu comme une ex qu’on n’arrive pas à faire décrocher, mais en beaucoup plus agréable.
Le marché, lui, se partageait en deux clans bien tranchés : d’un côté le grand luxe feutré des couturiers (Chanel, YSL, Dior), vendu dans des boutiques où l’on chuchotait presque, de l’autre, l’émancipation olfactive des grandes marques (Revlon, Guy Laroche), qui débarquaient dans les grands magasins pour accompagner les femmes qui, enfin, travaillaient et n’avaient plus de temps à perdre. Lire la suite »
LES TRENTE ÉLUS DE LA COUR MODE
Il était une fois une école française de la mode, prestigieuse dit-on, institutionnelle probablement, mais surtout parfaitement installée dans le paysage parisien après avoir fait disparaitre les Ecoles de la Chambre Syndicale. Elle décida que trente de ses élèves avaient assez de talent pour défiler à l’ouverture de la Fashion Week de Paris. Trente élus, et comme dans toutes les monarchies qui se respectent, une question inconvenante finit par surgir : qui les a choisis ? Et surtout, pourquoi eux ? La question n’est pas mesquine, elle est fondamentale.
Car dès lors qu’une institution prétend distinguer les « meilleurs », elle ne se contente plus d’organiser un joli spectacle de fin d’études. Elle fabrique une hiérarchie, attribue une visibilité, offre à certains un formidable accélérateur de carrière tandis qu’elle renvoie les autres dans les coulisses avec, pour tout viatique, la consolation républicaine du « continuez à travailler ».
Très bien, mais alors qu’on nous explique les règles du jeu. Quels sont les critères ? Qui compose le jury ? Qu’évalue-t-on : la créativité, la maîtrise technique, la coupe, le textile, la construction, la recherche, l’originalité ? Ou bien mesure-t-on surtout la capacité à parler de mode avec assez d’assurance pour donner l’impression qu’un vêtement est une thèse de sociologie contemporaine ? Lire la suite »
UN NAUFRAGE CHEZ FENDI

Quand la hache managériale se prend les pieds dans le tapis ! Voici la chronique d’un naufrage à prix d’or : il faut croire que chez Fendi, on répare les vieilles machines en cassant d’abord tout ce qui fonctionnait encore. Appelé au chevet de la maison italienne pour la ranimer d’une torpeur qui n’en finissait pas, Ramon Ros s’est mis en tête, avec l’enthousiasme d’un chirurgien pressé, de tout tailler dans le vif à la fois. Restructuration tout azimut, chaises musicales à tous les étages de la direction : le nouveau capitaine avait visiblement plus de goût pour le grand ménage que pour le service minimum. Belle ardeur ! Dommage qu’elle se soit heurtée, comme souvent, au mur increvable du droit du travail et de la comptabilité.
Car parmi les têtes tombées sur l’autel du renouveau, celle de Cristiana Torre (Brand Strategy & Fashion Advisor ) restera sans doute dans les annales comme un cas d’école : celui de l’art délicat de transformer un simple départ en fiasco pour manuel de gestion de crise. Selon nos informations, l’affaire a été menée avec une telle maladresse que la maison n’a eu d’autre choix, pour éviter que le linge sale ne s’étale davantage devant les tribunaux, que de dégainer le chéquier. Un chèque, dit-on, à la hauteur du désastre : conséquent. Lire la suite »
POLTRONA FRAU S’OFFRE UNE DIRECTION SUR-MESURE
Il y a des homonymies qui sont des farces du destin, et d’autres qui sont des actes de cruauté pure. Poltrona Frau et Poltronesofà appartiennent à cette seconde catégorie : deux noms siamois, séparés à la naissance par quinze mille euros et un océan de mauvais goût assumé. L’un se prononce dans un salon feutré de la Via Montenapoleone, l’autre se hurle sur une banderole jaune fluo un dimanche de soldes, coincé entre le rayon canapés-lits et le stand « livraison offerte dès 99€, cash ou crédit renouvelable ». Confondre les deux, c’est un peu comme demander du Petrus au garçon suédois de la cafétéria Ikea : l’erreur n’est pas seulement faute de goût, mais presque un crime contre l’ordre naturel des choses du luxe.
Poltrona Frau. Fondée à Turin en 1912 par Renzo Frau un patronyme qui claque comme un personnage sorti tout droit d’un roman noir mussolinien ! Tout en bottes cirées et silences pesants, la maison a passé un siècle à fabriquer des icônes pour que les gens s’assoient dessus avec une componction quasi religieuse : le Vanity Fair du séant, l’Archibald, des fauteuils qu’on n’ose presque pas froisser.
Et voilà que cette semaine, coup de tonnerre feutré dans le monde du design : Giovanni Baldi débarque à la direction générale, en lieu et place de Nicola Coropulis. Le monsieur ne sort pas d’une « École Boulle » mais tout droit de l’univers Dolce & Gabbana, où il présidait la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique, après avoir fait vingt ans chez Gucci. Lire la suite »
LA FAILLE DU LUXE
Il y a une poésie étrange dans cette photographie du rouge à lèvres de ma femme : une ligne ténue, presque effacée, d’une élégance involontaire et qui, à elle seule, murmure tout le problème.
Le Seigneur nous vend du rêve, de la sophistication, de l’excellence. On nous parle de haute couture jusque dans la cosmétique, du savoir-faire, du détail précieux, d’objets que l’on garde, que l’on expose presque. Et puis, au bout de quelques utilisations, voilà que l’écrin se fend, la montagne se fissure, le climat se réchauffe – il est vrai – les glaciers fondent… et même le rouge à lèvres Dior n’échappe pas à la tectonique des plaques.
La cosmétologie connaît pourtant admirablement bien le principe : on comble les fissures, on lisse, on repulpe, on corrige, on camoufle, on vend des sérums pour effacer les rides et des crèmes pour réparer les dommages. Mais, qui répare l’emballage quand c’est lui qui devient le dommage ? Et c’est là que commence le véritable scandale, car on pourrait me répondre : « Mais enfin, l’emballage n’est pas le produit ! »… Précisément. Si.
Pas entièrement, bien sûr. Mais dans le luxe, l’emballage fait partie de l’expérience, de la promesse et donc, d’une certaine manière, du produit. Quand on paie le prix d’un rouge à lèvres estampillé Dior, on ne paie pas seulement quelques grammes de matière colorée destinée à nos lèvres. On paie aussi un objet, une présentation, une sensation dans la main, une certaine idée de la perfection.
Sinon, autant vendre le raisin sans la bouteille au prix du grand cru. Non ? Parce qu’à ce niveau de prix, la moindre fissure devient éloquente. Elle n’est plus seulement une petite faiblesse du plastique, un défaut esthétique ou un accident de fabrication. Elle devient le symbole d’un décalage entre le prix demandé et la qualité réellement délivrée. Le luxe ne peut pas réclamer le prix du luxe et fournir la tolérance du produit ordinaire. Lire la suite »
TROIS CHOCS POUR UN NOUVEAU CYCLE FASHION
Voici ma vision de 2027, en deux mots : moins d’incertitude, davantage d’instabilité. Le temps où les dirigeants pouvaient attendre que les turbulences se dissipent est révolu. Dans la mode, il faudra désormais piloter dans un environnement où les chocs ne se succèdent plus : ils s’additionnent, se répondent et se renforcent. Trois bouleversements, en particulier, vont ainsi redessiner les règles du jeu du secteur.
Le commerce mondial ainsi que les droits de douane américains ont redéfinis les routes commerciales, forçant ainsi marques et fournisseurs à revoir leurs chaînes d’approvisionnement dans l’urgence. Le consommateur lui joue avec les arbitrages budgétaires qui évoluent. On dépense moins pour la mode et davantage pour d’autres priorités, comme le bien-être et la santé. L’essor rapide de l’intelligence artificielle bouscule également les modèles économiques établis. Ces trois tendances ne sont pas des accidents isolés : elles s’inscrivent dans une transformation de fond, que Canal-luxe.org observe depuis dix ans à travers le secteur.
Et avec un changement de vocabulaire qui est très révélateur, c’est peut-être l’indicateur le plus parlant, car le mot le plus utilisé par les dirigeants n’est plus « incertitude », mais « difficile ». Cette nuance compte car « incertitude » suggère une situation temporaire, dans l’attente d’un retour à la normale. « Difficile » suggère au contraire une réalité installée, à laquelle il faut désormais s’adapter durablement. Autrement dit : le secteur ne se demande plus quand les choses redeviendront stables, mais comment fonctionner dans l’instabilité permanente. Lire la suite »
Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION MODE ?
Quand les institutions de la mode prennent de l’altitude, ils oublient de regarder ceux qui créent au sol. Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette image : un avion privé, deux hommes qui discutent, des fauteuils confortables, les nuages derrière les hublots… Une scène presque parfaite d’un autre temps, car autrefois il y avait des visionnaires pour le secteur. Une question s’impose immédiatement : Y a-t-il encore aujourd’hui un pilote dans l’avion mode ?
A force de réunions, de commissions, de rapports, de colloques et de grands discours sur « l’avenir de la création », on finit par se demander qui tient réellement les commandes. Pendant que les institutions cherchent encore la recette miracle pour faire émerger les créateurs de demain, une nouvelle génération travaille déjà. Elle expérimente dans des ateliers minuscules, transforme des vêtements anciens, invente de nouvelles matières, mélange artisanat et technologie, publie son travail sur Internet et tente, tant bien que mal, de se faire remarquer. Mais surtout elle manque cruellement de boutique pour vendre leurs produits
Le problème n’est peut-être donc pas l’absence de talents, le problème, c’est peut-être l’absence de radars du Marrant, la mode adore parler de jeunesse… beaucoup moins lui donner les clés. On entend régulièrement les mêmes mots : innovation, transmission, créativité, patrimoine et jeunes talents. Lire la suite »
L’AUTODAFÉ DE L’INQUISITION MODE

La bêtise d’autrui a ceci de délicieux qu’elle nous dispense d’inventorier la nôtre, et si l’on devait un jour couronner le narcissisme numérique, reine des vertus, alors le « Selfesse », cette offrande fessière au dieu Meta, ce fondement sans fondement deviendrait l’étalon officiel de notre déchéance.
Voici l’ère des hystériques du « posting instagramique », des exhibitionnistes du tweet, des épileptiques de la story qui se croient penseurs parce qu’ils ont lu un résumé de Rimbaud sur un « Live Instagram » cette engeance qui nous impose sa liturgie du vide : la messe du fessier hissée au rang de manifeste, l’évangile selon Saint Postérieur.
Tiktok devient ainsi le thuriféraire de la reconnaissance fesse-ciale, persuadé qu’un séant bien cadré vaut diplôme, un espace où l’on troque la pensée contre l’angle de prise de « cul ». Le phénomène prolifère sur un fumier de choix : croisement contre-nature entre slogan de « Community manager » et une conscience de culture avortée avant terme.
Eléments de langage qui grouillent, et on les croise chaque jour « en bonne intelligence » mot bien galvaudé. L’un de leurs « hérauts » me servit un soir une diarrhée verbale où j’entendis que ce mouvement « ouvrirait une voie dé-culpabilisante entre acceptation et rejet des normes, » plaidant « le choix radical de l’auto-détermination » tout en « reconsidérant la culture Pop », et « ta sœur, elle bat le beurre, » ai-je pensé !
Époque hurleuse et paranoïaque, qui ne clôt jamais le roman de ses propres cauchemars que pour mieux se prosterner devant le spectacle de sa propre extase en un mot, le selfie de Narcisse, l’auto-satisfaction changée en bûcher de l’Inquisition. (Auto da fé : du latin « acte de foi ». La messe est dite, si j’ose dire.) Lire la suite »
YAYOI KUSAMA LES POIS DE PENSEUR
Yayoi Kusama est partie un 14 août, un jour avant que Marie ne monte dans les cieux, un signe peut-être ! C’est discrètement, dans un hôpital psychiatrique où elle avait ses habitudes, elle qui avait passé sa vie à faire exactement le contraire de la discrétion. Yayoi Kusama, 97 ans, restera la dame aux pois de LVMH, et tire sa révérence « Goshūshōsama desu », « mes condoléances »
La carrière de cette petite Japonaise pas commode, qui voit dès son jeune âge s’envoler des fleurs des nappes, rencontra un psy compatissant qui lui aurait prescrit du repos. Puis, elle décide de recouvrir la planète entière de pois. On appelle ça de la folie douce chez mon voisin Le Pascal Marrant, mais on appelle ça du génie visionnaire au MoMA, question de code postal, comme toujours dans l’art contemporain.
Son atelier était collé à un hôpital psychiatrique, par choix. Certains font du télétravail, Yayoi Kusama, quant à elle, avait opté pour le « travail à proximité immédiate de mon lieu de prédilection »
Et puis un jour, en 2012, Louis Vuitton débarque pour lui proposer une collaboration. Résultat : des sacs à main à pois, beaux comme des cloportes vendus à prix d’or à des gens qui n’ont jamais entendu parler de ses hallucinations florales mais qui adorent l’esthétique, allez savoir pourquoi !
En addition, le seigneur, dans son infinie gentillesse, lui fait ériger une statue géante sur le pavé de l’Empire de la dame du Châtelet, la bonne Samaritaine, le tout pour présenter l’artiste, mais finalement pour une publicité subtilement déguisée. Bref, deux ans plus tard, une de ses toiles monochromes s’arrache pour 7,1 millions de dollars. Sept millions pour une toile blanche complètement à poil, pardon, à pois. Lire la suite »