Décidé à devenir créateur, il file à l’Atelier Chardon Savard, à Paris, où il découvre « le plaisir de s’amuser ». Rien d’étonnant : Paris est une fête, surtout dans le Marais, où les feux « d’artifesse » permanents tiennent lieu de formation à toute une génération de modeux. Il passe ensuite deux ans chez Jean Paul, où il apprend les fondements du savoir-faire, de l’artisanat et du processus créatif du dessous de la table de coupe.
Face à sa page blanche, le voilà donc couturier appliqué, d’après un article du Flop Fringuant et de la mère Boulard, laconique comme un écho et aussi profond que le Plat Pays. La page reste blanche, et la collection lui ressemble : transparente. Il est léger comme un oiseau qui s’envolerait avec une enclume, et pourtant quand même il faut le reconnaitre, beaucoup mieux que la dernière fois. Applaudi par des complaisants plus discrets qu’une promotion entière de l’IFM. Bienvenue dans la « Perfide Graillon » quand même, celle des journalistes accrédités pour dire tout et surtout n’importe quoi, à condition que le buffet suive et que le champagne de mauvaise qualité coule à flots.
FM

Weinsanto, qui était, dans sa juvénilité, parti étudier le « balai » à Stuttgart, la ville où l’on fabrique des Porsches, et où les sols reluisent comme les stagiaires de Monsieur Grumler ! Il est revenu du Saint-Empire romain germanique avec une idée de la couture qui ressemble davantage à une vieille Peugeot : ça roule, mais on n’en garde aucun souvenir.
Il ne passe pas, il demeure, et ce n’est pas un visiteur, c’est un locataire qui a fini par payer son loyer en heures perdues. Il est là quand on ouvre les yeux, dans la lumière grise qui filtre sous les volets, avant même que la pensée ait pu se défendre.
Il paraît que le vestiaire d’aujourd’hui, ressemble à ça : des mannequins qui semblent sorties tout droit d’une bouche d’égout, vêtements en lambeaux, ourlets effilochés comme si elles avaient survécu à une explosion dans une usine textile de Mumbai. On appelle ça de la « mode déconstruite », du « grunge de luxe », de « l’esthétique post-apocalyptique revisitée par un directeur artistique « Kean, pour ne pas le nommé, qui n’est jamais certainement descendu dans le métro à l’heure de pointe ». Il est un adepte de la société de Wladimir Putin pour simuler ses vêtements après un essaim de drones Ukrainien.
Il y a une chose que j’ai apprise, dans ce siècle qui n’en finit pas de se dévorer lui-même : les loups les plus dangereux ne portent jamais de fourrure. Ils portent des costumes gris, ils ont des bureaux tapissés de marbre froid et d’or 24 carats. Ils redessinent les frontières du monde avec la nonchalance de gens qui jouent au bridge entre deux rendez-vous.
Pour le printemps, Yuhan Wang, nous propose une chambre; « à coucher dehors », comme on jette sur le trottoir les meubles d’un appartement qu’on vide à la hâte ! Sorte de champ de bataille improvisé pour bimbos en goguette, décor sans « des seins », intention sans architecture pour une pensée rare de la poétique du laid. La créatrice, qui croit savoir faire de la couture, associe une fragilité feinte à un romantisme de pacotille, un romantisme sans auteur, sans phrase, sans soleil. Mais, grands dieux, qu’on me trouve donc un seul roman, un seul vers, qui ait inspiré cette débauche de mièvrerie ! Il n’y a que l’idée d’une couture fantôme sur papier peint de bordel de campagne.
« J’Oseraies » le dire, dans les jardins privés de Didier Grumler où la mode, chaque année, réfléchit à son avenir entre personnes qui en connaissaient déjà le passé, et dans un fauteuil roulant où le temps a visiblement déjà élu domicile.
Pourquoi nos parfums des années 70 n’ont plus le même prix, ni la même fragrance ?. « Comparaison n’est pas raison », dit le proverbe, et en matière de parfum, il a bien raison, le bougre. Convertir les francs de 1975 en euros pour comparer un flacon d’hier à celui d’aujourd’hui, c’est un peu comme comparer une 2 CV à une Porsche sous prétexte qu’elles ont toutes les deux un volant : le calcul tient sur le papier, pas dans la vraie vie. En cinquante ans, ce n’est pas juste l’étiquette qui a changé, c’est toute une civilisation olfactive qui s’est évaporée.
Il était une fois une école française de la mode, prestigieuse dit-on, institutionnelle probablement, mais surtout parfaitement installée dans le paysage parisien après avoir fait disparaitre les Ecoles de la Chambre Syndicale. Elle décida que trente de ses élèves avaient assez de talent pour défiler à l’ouverture de la Fashion Week de Paris. Trente élus, et comme dans toutes les monarchies qui se respectent, une question inconvenante finit par surgir : qui les a choisis ? Et surtout, pourquoi eux ? La question n’est pas mesquine, elle est fondamentale.
Il y a des homonymies qui sont des farces du destin, et d’autres qui sont des actes de cruauté pure. Poltrona Frau et Poltronesofà appartiennent à cette seconde catégorie : deux noms siamois, séparés à la naissance par quinze mille euros et un océan de mauvais goût assumé. L’un se prononce dans un salon feutré de la Via Montenapoleone, l’autre se hurle sur une banderole jaune fluo un dimanche de soldes, coincé entre le rayon canapés-lits et le stand « livraison offerte dès 99€, cash ou crédit renouvelable ». Confondre les deux, c’est un peu comme demander du Petrus au garçon suédois de la cafétéria Ikea : l’erreur n’est pas seulement faute de goût, mais presque un crime contre l’ordre naturel des choses du luxe.
Il y a une poésie étrange dans cette photographie du rouge à lèvres de ma femme : une ligne ténue, presque effacée, d’une élégance involontaire et qui, à elle seule, murmure tout le problème.
Voici ma vision de 2027, en deux mots : moins d’incertitude, davantage d’instabilité. Le temps où les dirigeants pouvaient attendre que les turbulences se dissipent est révolu. Dans la mode, il faudra désormais piloter dans un environnement où les chocs ne se succèdent plus : ils s’additionnent, se répondent et se renforcent. Trois bouleversements, en particulier, vont ainsi redessiner les règles du jeu du secteur.
Quand les institutions de la mode prennent de l’altitude, ils oublient de regarder ceux qui créent au sol. Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette image : un avion privé, deux hommes qui discutent, des fauteuils confortables, les nuages derrière les hublots… Une scène presque parfaite d’un autre temps, car autrefois il y avait des visionnaires pour le secteur. Une question s’impose immédiatement : Y a-t-il encore aujourd’hui un pilote dans l’avion mode ?