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THE PERFUME OF LOST HOURS

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Paris, 1920. In the tumult of the rue Cambon, where cars and dreams cross paths at dusk, Gabrielle Chanel already reigned over Parisian elegance, like a queen without a kingdom whom the world had crowned in spite of herself. But her restless soul longed for something farther away: having clothed women, she wanted to give them an invisible soul, a drifting signature, a memory that would take hold only in the air.

She made her way to Grasse, land of fragrant hills, and there met Ernest Beaux, once perfumer to the Russian court, who still carried within him the exile of snows and lost palaces. She confided her dream to him: a new fragrance, as skillfully built as a dress. Among the vials he held out to her, like so many visions offered to the night, her hand came to rest on the fifth: jasmine, rose, neroli, vetiver, and those strange aldehydes, fragments of a world that is no longer quite our own. Thus was born, in 1921, Chanel N°5, destined to cross the century.

But beneath this perfume sleeps another story, that of the flowers of Grasse. For generations, jasmine and rose have bloomed there, tended with an almost sacred patience, as one watches over a forgotten cult. Threatened by advancing cities and changing times, this tradition found a guardian when Chanel joined forces, in 1987, with the Mul family, who cultivate flowers in Pégomas. Even today, at the blue hour when dawn hesitates between dream and waking, the pickers go out into the fields, gathering the fragile petals by hand before they yield their souls to the perfumers. In every drop of N°5 slumber thousands of flowers, and a whole heritage of ancient gestures, handed down like a secret from mother to daughter.

As for the famous bottle, legend has it that it was born from a travel flask carried by Russian officers, its design whispered to Chanel by her lover, Grand Duke Dmitri Pavlovich, a distant and melancholy prince.

Its name, they say, comes from the number dear to the couturière: five, a sign of luck and destiny, like a secret star. One evening, in a restaurant in Cannes, Coco, with a furtive gesture, is said to have sprayed her perfume as a few elegant women passed by, and all the diners suddenly awoke as from a dream.

Success was not long in coming. Having become one of the most celebrated perfumes in the world, which Marilyn Monroe helped enter legend, N°5 remains more than a fragrance: it is the memory of a woman who understood that elegance was not only to be seen, but could also be breathed in, like the memory of a vanished love.

FM

LE PARFUM DES HEURES PERDUES

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Paris, 1920. Dans le tumulte de la rue Cambon, où voitures et rêves se croisent au crépuscule, Gabrielle Chanel régnait déjà sur l’élégance parisienne, telle une reine sans royaume que le monde aurait couronnée malgré elle. Mais son âme tourmentée aspirait à un horizon plus lointain : après avoir habillé les femmes, elle voulait leur donner une âme invisible, une signature flottante, un souvenir qui ne s’accrocherait qu’à l’air. Elle prit la route de Grasse, terre de collines parfumées, et y rencontra Ernest Beaux, autrefois parfumeur de la cour de Russie, qui portait encore en lui l’exil des neiges et des palais perdus.

Elle lui confia son rêve : une fragrance nouvelle, aussi habilement construite qu’une robe. Parmi les flacons qu’il lui tendit, comme autant de visions offertes à la nuit, sa main se posa sur le cinquième : jasmin, rose, néroli, vétiver, et ces étranges aldéhydes, fragments d’un monde qui n’est déjà plus tout à fait le nôtre. Ainsi naquit, en 1921, Chanel N°5, voué à traverser le siècle.

Mais sous ce parfum sommeille une autre histoire, celle des fleurs de Grasse. Depuis des générations, le jasmin et la rose y fleurissent, soignés avec une patience presque sacrée, comme on veille sur un culte oublié. Menacée par l’avancée des villes et le changement des temps, cette tradition trouva un gardien lorsque Chanel s’associa, en 1987, avec la famille Mul, qui cultive les fleurs à Pégomas.

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LA FASHION ET LE PACTE DES MOUS

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Bruno Pavlovsky à la tête de la vertu écologique : quand les pompiers sont recrutés chez les marchands d’allumettes.

La planète brûle, les glaciers fondent, les océans suffoquent. Mais, rassurez-vous : Bruno dit la « Pavlová » vient d’être nommé co-président du « Fashion Pact ». On imagine déjà les ours polaires sabrer le champagne, mais du « Don périt, gnon ».

Ce club de bienfaiteurs rassemble les grandes maisons de luxe et les champions de la surproduction, H&M et Inditex en tête. Un peu comme si l’on confiait la protection des poumons à l’industrie du tabac. Ici, les engagements sont volontaires, les sanctions inexistantes et les contrôles indépendants non contraignants. La responsabilité sans les responsabilités : une invention admirable. Lire la suite »

LA LENTE DÉFAITE DU SENS

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C’est certainement cela, le grand phénomène de notre époque : la fin de la vérité, la fin de la politique, la fin de l’éducation, la fin du luxe, la fin du travail, de l’abnégation et de la droiture intellectuelle. Non, pas nécessairement, la disparition de ces réalités, mais l’effacement progressif de ce qu’elles signifiaient. La vérité n’a peut-être jamais été aussi accessible, et pourtant elle semble n’avoir jamais été aussi vulnérable. Tout se sait, tout se partage, tout se conteste, mais cette abondance ne produit pas nécessairement davantage de connaissance. Elle engendre parfois une confusion dans laquelle le vrai et le faux finissent par se côtoyer sans hiérarchie, jusqu’à devenir, pour certains, deux opinions équivalentes.

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LES RAPPEURS NOUVEAUX DA DU LUXE

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Monet aurait-il été directeur artistique chez Vuitton ? La question prête à sourire, mais la mode a déjà répondu : l’artiste n’est plus invité au défilé, il le dirige.

Il fut un temps où un rappeur n’approchait la mode que par la porte de service : un clip, une chaîne en or, une mention dans un couplet. Aujourd’hui, il entre par la grande porte, avec un badge et une carte de visite. Dernier exemple en date : Wale, rappeur nominé aux Grammy Awards, vient d’être nommé directeur de la création et associé de CapSole, entreprise spécialisée dans la conservation des sneakers. La basket, jadis jetée quand elle était usée, est désormais traitée comme une toile de maître. Et si l’on conserve des sneakers comme on conserve des Nymphéas, la question devient presque sérieuse : qui est le conservateur, et surtout, qui est l’artiste ?

Wale n’est pas un cas isolé, il est le symptôme d’une époque. Pharrell Williams chez Louis Vuitton, Kanye West et ses Yeezy, Travis Scott, Tyler, the Creator, et l’ombre tutélaire de Virgil Abloh : ce sont largement des créateurs afro-descendants qui dominent aujourd’hui la scène de la sneaker de luxe. Ceux qui, hier, tenaient le rôle d’« inspiration » (le mot poli pour « source gratuite d’idées ») signent désormais les collections et fixent les prix. Après des décennies à copier la culture noire pour la rebaptiser « streetwear » dès qu’elle passait en vitrine avenue Montaigne, le luxe a fini par comprendre qu’il valait mieux s’associer à la source. Lire la suite »

LES PETITS MARQUIS DE LA FASHION WEEK

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Petite chronique d’une cour où l’apparence tient lieu de talent.

Bienvenue à la Fashion Week de Paris, ce grand bal des prétentions où les vêtements sont devenus secondaires et où l’important n’est plus de voir, mais d’être vu. Au premier rang trône Léna Saturation, impératrice du téléphone portable, grande prêtresse de la story et de l’autocélébration numérique. Chaque apparition devient un événement, chaque mouvement une publication, chaque respiration une occasion de produire du contenu. Lire la suite »

GAULTIER DE TROIS QUARTS

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Dimanche dernier, j’ai assisté à un défilé Jean Paul Gaultier. Enfin, quand je dis « assisté »… J’étais assis, c’était déjà beaucoup ! Et quand je dis « Jean Paul Gaultier », je devrais plutôt dire « Jean Paul Laptkin », puisque Jean Paul est parti en 2020. Il est parti, mais la maison est restée. C’est généralement le contraire : la maison part et le monsieur reste, dans son salon, face à un huissier ou à un fonctionnaire de la brigade financière.

Alors, on a engagé un Néerlandais. Un Néerlandais ! Vous vous rendez compte ? Un homme du plat pays, chargé de nous inventer des silhouettes féminines extravagantes, avec des pointes ! Mais enfin, quand on vient d’un pays plat, on ne peut avoir que des idées plates ! Lui a contourné le problème : il a imaginé des cols qui poussent vers le haut, en relief, comme un Néerlandais qui chercherait à se venger de la géographie de son enfance. Lire la suite »

LA DÉCENCE N’EST PAS UNE TENDANCE

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Il aura donc fallu attendre 2026 pour que le monde de la mode découvre une évidence que l’on ne profite pas de sa position pour abuser des plus vulnérables. Quelle révolution ! Quelle audace ! Deux géants du luxe : un français et un Italien annoncent désormais une « tolérance zéro », comme si le respect, le consentement et la protection des mineurs étaient des concepts avant-gardistes.

Mais, enfin, depuis quand faut-il une charte pour enseigner ce que tout le monde sait déjà ? La mode, qui prétend dicter les tendances, semble avoir quelques décennies de retard sur la décence.

On nous parle de formations, d’accords écrits, de signalements anonymes. Magnifique ! Il faudrait donc apprendre à des adultes qu’une position de pouvoir ne donne aucun droit sur le corps d’autrui. Et protéger l’anonymat de ceux qui dénoncent, preuve éclatante d’un milieu où parler peut encore coûter une carrière ! C’était déjà le cas en quarante, décidément la France ne change Jamais !

Et que dire de cette autre découverte : à seize ans, on est encore mineur ! Il aura fallu des années pour que l’industrie du luxe réalise qu’habiller des adolescents en adultes ne les rend pas adultes pour autant. Le plus consternant n’est pas l’annonce de ces mesures. C’est qu’elles soient encore présentées comme un progrès.

Car le problème dépasse largement les podiums. Il commence parfois dans les écoles de mode, se poursuit dans les agences, les studios, les maisons, partout où certains confondent influence et impunité, opportunité et soumission. Ce milieu, si prompt à donner des leçons d’esthétique, de diversité et de modernité, découvre soudainement les principes élémentaires du respect humain, et de la bonne éducation. Lire la suite »

LOUIS VUITTON : LE FUTUR EN PANNE SÈCHE

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On nous avait promis une collection qui flotterait dans l’air. Nous étions censés monter vers les étoiles, embarquer à bord de vaisseaux spatiaux abandonnés à notre émerveillement, décoller vers un avenir brillant, métallique, désirable. Nous avons surtout assisté à un crash. Et pas n’importe lequel : un crash en plein cœur de Paris, sous les dorures du Louvre, avec Nicolas Ghesquière aux commandes et Louis Vuitton comme compagnie aérienne. Le vaisseau devait viser la Lune. Il a surtout réussi à tourner en rond sur sa propre piste d’atterrissage. Lire la suite »

CHANEL L’ENVOL DE BLAZY SOUS LA VERRIÈRE

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Je suis entré sous la verrière du Grand Palais comme on pénètre dans un souvenir qui n’est pas encore le sien. Tout y était couleur, tout y était élan : des teintes qui se répondaient comme des échos au bord d’une falaise, des silhouettes qui allaient et venaient, les unes sévères, les autres rieuses, et sur chacune la main d’un homme, Mathieu Blazy, qui avait voulu embrasser Chanel tout entière, sa légende et son avenir avec 83 silhouettes couvrant une grande variété de styles. Lire la suite »

WEINSANTO QUAND LE VIDE DÉFILE

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Weinsanto, qui était, dans sa juvénilité, parti étudier le « balai » à Stuttgart, la ville où l’on fabrique des Porsches, et où les sols reluisent comme les stagiaires de Monsieur Grumler ! Il est revenu du Saint-Empire romain germanique avec une idée de la couture qui ressemble davantage à une vieille Peugeot : ça roule, mais on n’en garde aucun souvenir.

Décidé à devenir créateur, il file à l’Atelier Chardon Savard, à Paris, où il découvre « le plaisir de s’amuser ». Rien d’étonnant : Paris est une fête, surtout dans le Marais, où les feux « d’artifesse » permanents tiennent lieu de formation à toute une génération de modeux. Il passe ensuite deux ans chez Jean Paul, où il apprend les fondements du savoir-faire, de l’artisanat et du processus créatif du dessous de la table de coupe.

Face à sa page blanche, le voilà donc couturier appliqué, d’après un article du Flop Fringuant et de la mère Boulard, laconique comme un écho et aussi profond que le Plat Pays. La page reste blanche, et la collection lui ressemble : transparente. Il est léger comme un oiseau qui s’envolerait avec une enclume, et pourtant quand même il faut le reconnaitre, beaucoup mieux que la dernière fois. Applaudi par des complaisants plus discrets qu’une promotion entière de l’IFM. Bienvenue dans la « Perfide Graillon » quand même, celle des journalistes accrédités pour dire tout et surtout n’importe quoi, à condition que le buffet suive et que le champagne de mauvaise qualité coule à flots.

FM

JULIE KEGELS PARIS

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Il ne passe pas, il demeure, et ce n’est pas un visiteur, c’est un locataire qui a fini par payer son loyer en heures perdues. Il est là quand on ouvre les yeux, dans la lumière grise qui filtre sous les volets, avant même que la pensée ait pu se défendre.

Le temps ne s’écoule plus ce lundi, premier jour de la Fashion Week, il croupit. L’horloge égrène ses secondes comme un condamné compte les pierres de sa cellule, et chacune ressemble à la précédente, et chacune sera la sœur de la suivante. On voudrait que quelque chose arrive, n’importe quoi, une catastrophe, un cri sur le podium, pourvu que le silence de la création se fende, mais rien. Les murs gardent leur secret.

Quelque part derrière le visage, un autre soi-même regarde la scène depuis le fond d’un puits, avec colère, avec mépris, pour proposer le début de la Fashion Week de Paris, l’insondable banalité de Julie Kegels.

Car voilà le pire : l’ennui n’a pas la dignité de la douleur. La douleur sait au moins qu’elle vit, mais l’ennui nous propose une longue anesthésie, une mer morte comme la Rance où l’on flotte sans pouvoir couler. Les minutes s’y succèdent, identiques, comme des cercueils bien alignés, et l’on s’étonne à peine d’y reconnaître son nom comme couturière. on y entend seulement la brabançonne du prix LVMH.

L’après-midi tombe déjà sans promesse, et la nuit ne consolera rien : elle ne fait que changer la couleur du vide. Et demain, dès l’aube, à pas lents, l’ennui reprendra sa place, ce compagnon fidèle qui ne trahit jamais.

Bienvenue dans la Fashion Week de Paris.

FM

DÉFILÉ POST APOCALYPSE CHIC

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Il paraît que le vestiaire d’aujourd’hui, ressemble à ça : des mannequins qui semblent sorties tout droit d’une bouche d’égout, vêtements en lambeaux, ourlets effilochés comme si elles avaient survécu à une explosion dans une usine textile de Mumbai. On appelle ça de la « mode déconstruite », du « grunge de luxe », de « l’esthétique post-apocalyptique revisitée par un directeur artistique « Kean, pour ne pas le nommé, qui n’est jamais certainement descendu dans le métro à l’heure de pointe ». Il est un adepte de la société de Wladimir Putin pour simuler ses vêtements après un essaim de drones Ukrainien. Lire la suite »