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POLTRONA FRAU S’OFFRE UNE DIRECTION SUR-MESURE

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Il y a des homonymies qui sont des farces du destin, et d’autres qui sont des actes de cruauté pure. Poltrona Frau et Poltronesofà appartiennent à cette seconde catégorie : deux noms siamois, séparés à la naissance par quinze mille euros et un océan de mauvais goût assumé. L’un se prononce dans un salon feutré de la Via Montenapoleone, l’autre se hurle sur une banderole jaune fluo un dimanche de soldes, coincé entre le rayon canapés-lits et le stand « livraison offerte dès 99€, cash ou crédit renouvelable ». Confondre les deux, c’est un peu comme demander du Petrus au garçon suédois de la cafétéria Ikea : l’erreur n’est pas seulement faute de goût, mais presque un crime contre l’ordre naturel des choses du luxe.

Poltrona Frau. Fondée à Turin en 1912 par Renzo Frau un patronyme qui claque comme un personnage sorti tout droit d’un roman noir mussolinien ! Tout en bottes cirées et silences pesants, la maison a passé un siècle à fabriquer des icônes pour que les gens s’assoient dessus avec une componction quasi religieuse : le Vanity Fair du séant, l’Archibald, des fauteuils qu’on n’ose presque pas froisser.

Et voilà que cette semaine, coup de tonnerre feutré dans le monde du design : Giovanni Baldi débarque à la direction générale, en lieu et place de Nicola Coropulis. Le monsieur ne sort pas d’une « École Boulle » mais tout droit de l’univers Dolce & Gabbana, où il présidait la zone Europe-Moyen-Orient-Afrique, après avoir fait vingt ans chez Gucci. Lire la suite »

LA FAILLE DU LUXE

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Il y a une poésie étrange dans cette photographie du rouge à lèvres de ma femme : une ligne ténue, presque effacée, d’une élégance involontaire et qui, à elle seule, murmure tout le problème.

Le Seigneur nous vend du rêve, de la sophistication, de l’excellence. On nous parle de haute couture jusque dans la cosmétique, du savoir-faire, du détail précieux, d’objets que l’on garde, que l’on expose presque. Et puis, au bout de quelques utilisations, voilà que l’écrin se fend, la montagne se fissure, le climat se réchauffe – il est vrai – les glaciers fondent… et même le rouge à lèvres Dior n’échappe pas à la tectonique des plaques.

La cosmétologie connaît pourtant admirablement bien le principe : on comble les fissures, on lisse, on repulpe, on corrige, on camoufle, on vend des sérums pour effacer les rides et des crèmes pour réparer les dommages. Mais, qui répare l’emballage quand c’est lui qui devient le dommage ? Et c’est là que commence le véritable scandale, car on pourrait me répondre : « Mais enfin, l’emballage n’est pas le produit ! »… Précisément. Si.

Pas entièrement, bien sûr. Mais dans le luxe, l’emballage fait partie de l’expérience, de la promesse et donc, d’une certaine manière, du produit. Quand on paie le prix d’un rouge à lèvres estampillé Dior, on ne paie pas seulement quelques grammes de matière colorée destinée à nos lèvres. On paie aussi un objet, une présentation, une sensation dans la main, une certaine idée de la perfection.

Sinon, autant vendre le raisin sans la bouteille au prix du grand cru. Non ? Parce qu’à ce niveau de prix, la moindre fissure devient éloquente. Elle n’est plus seulement une petite faiblesse du plastique, un défaut esthétique ou un accident de fabrication. Elle devient le symbole d’un décalage entre le prix demandé et la qualité réellement délivrée. Le luxe ne peut pas réclamer le prix du luxe et fournir la tolérance du produit ordinaire. Lire la suite »

TROIS CHOCS POUR UN NOUVEAU CYCLE FASHION

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Voici ma vision de 2027, en deux mots : moins d’incertitude, davantage d’instabilité. Le temps où les dirigeants pouvaient attendre que les turbulences se dissipent est révolu. Dans la mode, il faudra désormais piloter dans un environnement où les chocs ne se succèdent plus : ils s’additionnent, se répondent et se renforcent. Trois bouleversements, en particulier, vont ainsi redessiner les règles du jeu du secteur.

Le commerce mondial ainsi que les droits de douane américains ont redéfinis les routes commerciales, forçant ainsi marques et fournisseurs à revoir leurs chaînes d’approvisionnement dans l’urgence. Le consommateur lui joue avec les arbitrages budgétaires qui évoluent. On dépense moins pour la mode et davantage pour d’autres priorités, comme le bien-être et la santé. L’essor rapide de l’intelligence artificielle bouscule également les modèles économiques établis. Ces trois tendances ne sont pas des accidents isolés : elles s’inscrivent dans une transformation de fond, que Canal-luxe.org observe depuis dix ans à travers le secteur.

Et avec un changement de vocabulaire qui est très révélateur, c’est peut-être l’indicateur le plus parlant, car le mot le plus utilisé par les dirigeants n’est plus « incertitude », mais « difficile ». Cette nuance compte car « incertitude » suggère une situation temporaire, dans l’attente d’un retour à la normale. « Difficile » suggère au contraire une réalité installée, à laquelle il faut désormais s’adapter durablement. Autrement dit : le secteur ne se demande plus quand les choses redeviendront stables, mais comment fonctionner dans l’instabilité permanente. Lire la suite »

Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION MODE ?

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Quand les institutions de la mode prennent de l’altitude, ils oublient de regarder ceux qui créent au sol. Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette image : un avion privé, deux hommes qui discutent, des fauteuils confortables, les nuages derrière les hublots… Une scène presque parfaite d’un autre temps, car autrefois il y avait des visionnaires pour le secteur. Une question s’impose immédiatement : Y a-t-il encore aujourd’hui un pilote dans l’avion mode ?

A force de réunions, de commissions, de rapports, de colloques et de grands discours sur « l’avenir de la création », on finit par se demander qui tient réellement les commandes. Pendant que les institutions cherchent encore la recette miracle pour faire émerger les créateurs de demain, une nouvelle génération travaille déjà. Elle expérimente dans des ateliers minuscules, transforme des vêtements anciens, invente de nouvelles matières, mélange artisanat et technologie, publie son travail sur Internet et tente, tant bien que mal, de se faire remarquer. Mais surtout elle manque cruellement de boutique pour vendre leurs produits

Le problème n’est peut-être donc pas l’absence de talents, le problème, c’est peut-être l’absence de radars du Marrant, la mode adore parler de jeunesse… beaucoup moins lui donner les clés. On entend régulièrement les mêmes mots : innovation, transmission, créativité, patrimoine et jeunes talents. Lire la suite »

L’AUTODAFÉ DE L’INQUISITION MODE

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La bêtise d’autrui a ceci de délicieux qu’elle nous dispense d’inventorier la nôtre, et si l’on devait un jour couronner le narcissisme numérique, reine des vertus, alors le « Selfesse », cette offrande fessière au dieu Meta, ce fondement sans fondement deviendrait l’étalon officiel de notre déchéance.

Voici l’ère des hystériques du « posting instagramique », des exhibitionnistes du tweet, des épileptiques de la story qui se croient penseurs parce qu’ils ont lu un résumé de Rimbaud sur un « Live Instagram » cette engeance qui nous impose sa liturgie du vide : la messe du fessier hissée au rang de manifeste, l’évangile selon Saint Postérieur.

Tiktok devient ainsi le thuriféraire de la reconnaissance fesse-ciale, persuadé qu’un séant bien cadré vaut diplôme, un espace où l’on troque la pensée contre l’angle de prise de « cul ». Le phénomène prolifère sur un fumier de choix : croisement contre-nature entre slogan de « Community manager » et une conscience de culture avortée avant terme.

Eléments de langage qui grouillent, et on les croise chaque jour « en bonne intelligence » mot bien galvaudé. L’un de leurs « hérauts » me servit un soir une diarrhée verbale où j’entendis que ce mouvement « ouvrirait une voie dé-culpabilisante entre acceptation et rejet des normes, » plaidant « le choix radical de l’auto-détermination » tout en « reconsidérant la culture Pop », et « ta sœur, elle bat le beurre, » ai-je pensé !

Époque hurleuse et paranoïaque, qui ne clôt jamais le roman de ses propres cauchemars que pour mieux se prosterner devant le spectacle de sa propre extase en un mot, le selfie de Narcisse, l’auto-satisfaction changée en bûcher de l’Inquisition. (Auto da fé : du latin « acte de foi ». La messe est dite, si j’ose dire.) Lire la suite »

YAYOI KUSAMA LES POIS DE PENSEUR

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Yayoi Kusama est partie un 14 août, un jour avant que Marie ne monte dans les cieux, un signe peut-être ! C’est discrètement, dans un hôpital psychiatrique où elle avait ses habitudes, elle qui avait passé sa vie à faire exactement le contraire de la discrétion. Yayoi Kusama, 97 ans, restera la dame aux pois de LVMH, et tire sa révérence « Goshūshōsama desu », « mes condoléances »

La carrière de cette petite Japonaise pas commode, qui voit dès son jeune âge s’envoler des fleurs des nappes, rencontra un psy compatissant qui lui aurait prescrit du repos. Puis, elle décide de recouvrir la planète entière de pois. On appelle ça de la folie douce chez mon voisin Le Pascal Marrant, mais on appelle ça du génie visionnaire au MoMA, question de code postal, comme toujours dans l’art contemporain.

Son atelier était collé à un hôpital psychiatrique, par choix. Certains font du télétravail, Yayoi Kusama, quant à elle, avait opté pour le « travail à proximité immédiate de mon lieu de prédilection »

Et puis un jour, en 2012, Louis Vuitton débarque pour lui proposer une collaboration. Résultat : des sacs à main à pois, beaux comme des cloportes vendus à prix d’or à des gens qui n’ont jamais entendu parler de ses hallucinations florales mais qui adorent l’esthétique, allez savoir pourquoi !

En addition, le seigneur, dans son infinie gentillesse, lui fait ériger une statue géante sur le pavé de l’Empire de la dame du Châtelet, la bonne Samaritaine, le tout pour présenter l’artiste, mais finalement pour une publicité subtilement déguisée. Bref, deux ans plus tard, une de ses toiles monochromes s’arrache pour 7,1 millions de dollars. Sept millions pour une toile blanche complètement à poil, pardon, à pois. Lire la suite »

HOCKNEY LE GRAND PRÊTRE DE LA PISCINE BLEUE

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On nous serine depuis quarante ans que David Hockney serait le dernier grand peintre vivant, une sorte de prophète chromatique descendu du Yorkshire avec une palette de bonbons acidulés pour sauver l’art occidental de sa mélancolie. Car, enfin, que contemple-t-on dans ces fameuses piscines devenues icônes universelles ? Une eau bleue impeccable, un soleil sans histoire, des villas de rêve, des corps bronzés…. Le tout avec la profondeur métaphysique d’un catalogue immobilier de luxe de Iris Apfel. Ils ont les mêmes Lunettes.

Hockney n’a pas tant peint la Californie qu’il a fabriqué son logo. Il a transformé le fantasme de la réussite bourgeoise des Kadashiante en papier peint culturel pour appartements tunés. On ne regarde pas ses tableaux, on s’y installe comme dans une salle d’attente climatisée. Et c’est précisément pour cela que Le Seigneur l’adorait. Hockney décorait le monde comme d’autres choisissent les rideaux « J’adior » du salon.

Chez lui, tout est propre, rangé, poli, repassé. Même la lumière semble sortir du pressing. On cherche la rugosité, le doute, l’accident, la sueur du peintre aux prises avec la matière. On ne trouve qu’une perfection de brochure touristique, une esthétique de résidence secondaire « maison témoin » prête pour la visite. Puis, vint sa période numérique pour singer Warhol, accueillie par les critiques avec le sérieux de prêtres défroqués découvrant une nouvelle relique.

Vers un monde où la peinture devient un fichier, où le geste se réduit à une caresse sur verre trempé de l’Ipad, où l’œuvre arrive déjà prête à être imprimée sur mugs ou un foulard. Depuis Lascaux, les artistes luttaient contre la matière. Hockney, lui, a trouvé le moyen de l’éliminer. Quel progrès ! La peinture, autrefois, avait l’épaisseur de la terre, de l’huile, les odeurs de la térébenthine et du temps accumulé. Avec Hockney, la tragédie, même du geste, disparaît pour laisser une image parfaitement exportable, parfaitement commercialisable, parfaitement compatible avec la boutique du musée.

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THE TRIUMPH OF WATCHLESS SNEAKERHEADS

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They arrived in hoodies, hands buried in their pockets, eyes glued to their phones. Not to the dial of a watch, since they do not wear one, but to their phones where the Vinted app is already open and ready to upload a product listing written the night before while they were standing in line. The photo? Snapped hastily on the sidewalk, the watch still in its box. The price? €1,200. The description? “Never worn.” Of course never worn. It did not survive ten minutes on their wrist. In fact, it was never meant to.

Let’s call them what they are: the new pavement speculators. A generation raised on Nike drops, Adidas bots, and graphics card resellers, who woke up one morning to discover that luxury goods also came with waiting lines. And that the old guard of the industry, too busy talking about craftsmanship and manufacture, had not yet invented an anti-scalping bot. So they came, methodical, organized, perfectly indifferent to the octagonal bezel and everything it stands for. Their entire watchmaking culture can be summed up in one sentence: “It resells well, bro.” They know absolutely nothing about Gérald Genta, they have never heard of Le Brassus, and the difference between an automatic movement and a quartz movement inspires the same shrug as the difference between Château Pétrus and a strawberry yogurt drink.

The absurdity reaches its peak when you realize that some of them are already on their third “campout” of the month. After Jordans and Supreme, now comes Swiss luxury. The territory changes, the ritual remains the same: arrive early, leave quickly, cash out. Lire la suite »

THE BLAZY EFFECT

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After a difficult year marked by a decline in sales, Chanel is finding its way back to growth. The prestigious French fashion house reports annual revenues of $19.3 billion, up 3% at current exchange rates, representing a 1.8% increase on a comparable basis. This recovery, as encouraging as it is symbolic, comes in a still fragile environment, particularly due to the persistent slowdown in luxury spending in mainland China, which had weighed heavily on the previous year’s results.

On the operational side, the house confirms its resilience: operating income rose 5.2% to reach $4.7 billion, reflecting the efforts made to reorganize teams and strengthen production capabilities. A shadow on the horizon, however net profit fell sharply by 14.3%, dropping to $2.9 billion in 2025, a decline that raises questions despite the otherwise solid performance of the remaining financial indicators.

Why is Matthieu Blazy such a success? The answer lies in his rare ability to blend heritage with modernity. Trained under the wing of Raf Simons and then Martin Margiela, Blazy built his reputation at Bottega Veneta, where he transformed the Italian house into one of the most coveted brands of his generation. At Chanel, he brings the same philosophy a deep respect for savoir-faire and craftsmanship, combined with a sharp, contemporary vision that speaks to a new, younger generation of luxury consumers. Lire la suite »

UN MANOIR ENTRE COUTURE ET ARISTOCRATIE

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À moins d’une heure de Paris, le Manoir du Mée semble sorti d’un roman français où la haute couture croise l’aristocratie dans un parfum de roses anciennes et de boiseries cirées. Cette élégante demeure du XVIIIe siècle vient d’être mise sur le marché pour environ 3,18 millions de dollars. Construite en 1749, la propriété développe près de 500 m² habitables au cœur d’un parc paysager de 5 000 m², avec cheminées en marbre, parquets Versailles, cave à vin, maison d’amis et vaste garage pour vos collections.

Le lieu doit sa légende à Karl Lagerfeld, qui acquiert le manoir en 1986 pour en faire à la fois un refuge de campagne et un véritable laboratoire esthétique. Le couturier y organise des séances photo pour Chanel avec des figures emblématiques comme Inès de La Fressange ou Tatjana Patitz, transformant les jardins en décor de mode presque cinématographique. En 1998, Lagerfeld revend la propriété à la Princesse Caroline de Monaco et au prince Ernst August de Hanovre. La demeure change alors d’atmosphère : moins atelier créatif, davantage maison familiale discrète, loin des éclats monégasques et des objectifs des photographes.

Au fil des années, le Manoir du Mée est devenu une sorte de capsule temporelle mêlant noblesse du XVIIIe siècle, élégance parisienne, héritage Chanel et souvenirs princiers. Une anecdote raconte même qu’un dessin réalisé enfant par la princesse Alexandra subsisterait encore sur une poutre intérieure, détail fragile et poétique laissé par le passage du temps. Lire la suite »

MARC JACOBS QUITTE LE PALACE POUR L’USINE À MARQUES

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Chez LVMH, on vend rarement une maison, car en général, Bernard Arnault collectionne les marques comme d’autres collectionnent les tableaux flamands ou les vignobles de moins d’un « nectar », alors voir Marc Jacobs partir chez WHP Global pour 1,2 milliard d’euros ressemble moins à une simple transaction qu’à un grand ménage de vigogne, ce camélidé des Andes.

La vraie ironie, c’est que Marc (comme on dit dans la mode) reste directeur artistique. Ainsi on change le propriétaire des murs, mais on garde l’artiste dans l’atelier, qui n’y met jamais les pieds, histoire de préserver un peu d’ADN avant l’inévitable avalanche de licences, capsules, sneakers “iconiques” et parfums vendus entre deux escalators d’aéroport. Bienvenue dans la grande usine mondiale du luxe émotionnel.

Quand Le seigneur des Arnault avait récupéré la marque en 1997, Marc Jacobs incarnait encore cette mode new-yorkaise nerveuse, imprévisible, légèrement insolente. Aujourd’hui, même les rebelles finissent dans des tableurs Excel. La mode adore parler de créativité, elle finit toujours par parler de valorisation. Lire la suite »

DIOR, HOLLYWOOD STORY

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Jonathan Anderson a fait entrer Hollywood dans une couture taillée au scalpel. Un an après son arrivée dans la maison du maître de Granville, il n’a pas simplement présenté une collection croisière, il a ouvert un rideau de brume sur une Californie fantasmée, entre le mirage et le souvenir, entre le parfum du jasmin nocturne et les néons fatigués de Hollywood boulevard. Lire la suite »

ALIBABA ET LES QUARANTE BANDEURS DU PONT NEUF

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Paname étouffe déjà sous les barrières, les travaux, les files de vélos et les voitures figées comme des figurants oubliés dans un mauvais rêve, et voici qu’arrive maintenant La Caverne du Pont Neuf. Après Christo, il y a quarante ans, JR choisit cette fois de le transformer en carrière de pierres géantes, pour un décor de parc d’attractions minéral posé au milieu d’une capitale déjà congestionnée.

On nous parle d’un « dialogue entre passé et présent », mais le seul dialogue que les Parisiens entendent encore, c’est celui des klaxons qui réverbèrent entre la Samaritaine et « l’autel » du cheval blanc du seigneur des Arnault. Une caverne pour une allégorie, sorte de réflexion que Platon dans « La République » met en scène : des humains enchaînés et immobilisés dans une caverne qui tournent le dos à l’entrée et voient non pas les objets, mais les ombres, à l’orée du BHV, la grotte de Dubuffet Campagnard Gratuits, cela a du sens. Les bimbos ne comprendront pas ce clin d’oeil, mais cela n’est pas grave.

Certes, les promoteurs du projet jurent comme des manifestants aphones qu’aucun financement public n’est engagé. Mais à Paris, même les œuvres prétendument gratuites, finissent toujours par coûter quelque chose aux contribuables : circulation paralysée, sécurité mobilisée, nettoyage, logistique, occupation de l’espace public. Pendant qu’on transforme le Pont Neuf en une grotte conceptuelle pour promeneurs en quête de selfie minéral, les rues voisines deviennent un labyrinthe d’embouteillages et de détours, et pour rentrer à la maison, c’est plus difficile. Lire la suite »