UNE IDÉE DE JENNY

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Parfois, il faut puiser loin dans sa mémoire, et si Jenny ne vous dit rien, et qu’ Adèle Bernard pas plus, ne soyez pas étonnés, car l’histoire de la mode est ainsi, riche du savoir des autres. Cette petite Pétrocorienne, qui quitte Périgueux pour monter à la capitale, rencontre à son arrivée Kees Van Dongen et sa femme au chapeau fleuri. C’est probablement les grands yeux énigmatiques de ses modèles qui auront séduit la créatrice qui deviendra ainsi la couturière la plus peinte de l’époque.

Elle imagine ses propres vêtements qu’elle fait confectionner par Marie Le Corre, l’une des virtuoses de l’équipe de la maison Paquin qu’elle a intégré. Les deux femmes sont en symbiose parfaite : à Jenny les esquisses et le style, à Marie l’exécution du moulage. Lorsque Jenny conclut une tenue d’une valeur de 150 000 francs pour une jeune actrice en vogue, alors cliente fidèle d’une maison concurrente, tous les yeux du petit monde de la mode se tournent vers elle. Jenny se sent prête pour ouvrir sa maison.

En 1915, aux côtés des grandes maisons de couture comme Beer, Paquin, Lanvin ou Worth, Jenny prend part à l’Exposition Internationale de San Francisco. Lorsque les petites mains de la couture se mettent en grève à Paris pour dénoncer la vie chère et leur condition de travail, alors que Coco Chanel fait la sourde oreille, Jenny est la première à leur accorder la semaine anglaise en plus d’une augmentation, raflant ainsi une partie des commandes de Chanel qui n’avait pas pu être honorées.

Un 15 juillet, Jenny & Cie est la première maison à donner le signal de l’exode de la Haute Couture parisienne vers les Champs-Elysées. La société déménage au numéro 68/70 de l’avenue, dans deux bâtiments de style Art nouveau, qui appartiennent au Prince du luxe actuel et c’est Guerlain qui l’occupe aujourd’hui.

A cinquante deux ans, elle incarne « l’exquise légèreté de l’être parisienne » bien avant le New Look du Maître de Granville. Elle fait fureur avec ses combinaisons d’allure juvénile. Elle utilise toutes sortes de matériaux tels que des tricots et du métal. Elle emploie aussi du cuir, des perles de verre et même des coquillages. Son sens de l’innovation séduit à la fois les élégantes en quête d’extravagance et les extravagantes en quête d’élégance.

Puis, voici les années folles qui sont propices à la création. Jenny développe des robes du soir à franges et perles, détourne l’usage du foulard pour le placer à la taille. L’histoire raconte même que l’écharpe d’Isadora Duncan venait de sa maison. Elle brode les monuments de Paris, transforme les manches en ailes. Elle crée des tenues pour des aviatrices, hôtesses de l’air, golfeuses, alpinistes et joueuses de tennis. Elle habille Suzanne Lenglen surnommée « la Divine » qui vient de s’imposer pour la deuxième fois aux Internationaux de France de Tennis. La femme sort enfin du placard et la créatrice a bien compris le mouvement.

Jeanne Adèle Bernard décèdera à Nice en 1962 et il restera d’elle sa couture et son portrait dans sa robe dorée peint par Van Dongen actuellement à Beaubourg. Un excellent livre sur cette couturière hors paire a été écrit par Anne Vogt-Bordure. Il existe aussi un site internet où l’on peut acheter ses modèles réédités.

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